L'histoire !

Elle se recroquevilla derrière un des dés géants qui parsemaient le parc. Suivre la flèche, il fallait suivre la flèche se répétait-elle. La Flèche qui pulsait d’une lueur rouge qu’elle avait trouvé belle au début de la soirée et qu’elle trouvait maintenant juste macabre.

Elle ouvrit son petit réticule pour vérifier le nombre de pomme qu’il lui restait. Deux vertes et une rouge. Elle allait pouvoir se débarrasser du duo déguisé en frère Tweedle et qui l’attendaient cachées derrière la grande horloge de l’heure du thé. Machinalement elle regarda à nouveau le cadran dégoulinant de l’horloge. Les aiguilles indiquaient toujours 4h. Comme depuis le début de cette soirée de cauchemar.

Elle allait devoir se déplacer un peu si elle voulait pouvoir oblitérer les jumeaux. Judith fouilla les poches de ce qui restait de sa robe de bal. Plus que quelques cartouche de la pétoire qu’elle avait trouvé dans une maison en pain d’épices criblée de balle. Elle rechargea son arme et s’élança pour traverser les deux ou trois mètres qui la séparait d’un autre dés géant. Tandis que les balles sifflaient à ses oreilles, elle se rendis compte que le dés qui allait lui servir de refuge était un énorme dés à douze face rose. Étrange comme l’esprit peut noter des choses si triviales même dans les pires situations. Elle se faisait canardée et pourtant elle faisait attention à le forme de son couvert.

Pas de blessures, enfin pas de nouvelles blessures. Elle resserra le pansement de fortune de son bras. La blessure ne saignait plus. C’était déjà ça. Elle vérifia que personne ne s’approchait et essaya d’appeler Émilie sur le talkie-walkie que tout le monde avait reçu au début de l’épreuve. Quelle idée de faire ainsi un combat à mort en duo si c’était pour séparer les équipes au début. « Émilie ? Tu m’entends ? Je suis prêt de l’horloge à thé. Je continue à suivre les flèches dès que j’ai récupéré le sac de l’heure pile’ » « Réponds moi Émilie ! » Mais toujours rien, toujours seulement le bruit blanc du rien. Et Judith avait beau scruter chaque recoins des lieux qu’elle traversait, elle ne voyait nulle part les oreilles de lapin blanc du costume de sa compagne.

Bon c’était l’heure de s’occuper des jumeaux. L’horloge allait bientôt sonner. Elle jeta un coup d’œil le plus subrepticement possible. Une rafale de balle frappa son dés douze. Elle allait devoir viser correctement.

Elle dégoupilla l’une de ses deux pommes vertes et la fit rouler vers l’horloge. Une épaisse fumée verdâtre et nauséabonde s’en échappa. Les pétarades des balles recommencèrent de plus belle. Elle attendit un instant de calme, et profitant du couvert de la fumée, se décala et lança du mieux qu’elle pu sa pomme rouge dégoupillée avant de se jeter à nouveau derrière le dé douze. Elle ne s’attendait pas à une déflagration aussi puissante. Sonnée, elle se releva tandis que l’horloge sonnait, encore et encore, ses treize coups. En titubant elle couru vers l’horloge. Elle était légèrement fumante, repeinte de rouge tandis que les corps déchiquetés des jumeaux recouvraient le sol au alentour. Encore sonnée, elle glissa , sur ce qui était selon toute vraisemblance un globe oculaire.

Ce qui lui sauva sans doute la vie. L’endroit où aurait du se trouver sa tête, si Judith ne s’était pas retrouvé sur les fesses, fut remplit de plomb. Autant par réflexe que du fait de la chute, elle appuya sur la double détente de son tromblon. Le grand méchant loup, enfin celle ou celui déguisé en grand méchant loup, fut fauché par la décharge de chevrotine et s’effondra.

Aussi vite qu’elle put, Judith se releva, récupéra le sac à dos que l’horloge venait de libérer. L’ouvrir et voir ce qu’il contenait attendrait, il fallait qu’elle s’éloigne avant que d’autre concurrent ne viennent chercher le sac à loot. Elle repris sa course, en suivant la flèche dans le ciel qui pulsait lentement.

Émilie se réfugia entre les énormes racines d’un chêne. Quelle plaie d’avoir pioché ce fichu costume de lapin blanc. Les oreilles accrochées à son casque étaient bien trop visible, elle avait l’impression d’avoir une cible au dessus de sa tête qui hurlait ‘tirez moi dessus, je suis là’. Un gros chat apparu au dessus de sa tête. ‘Tout le monde est fou ici’ lacha-t-il avec un grand sourire comme seul savent en faire les chats. Et il disparu. « Et qui avait donc eu l’idée de ce thème qui mélange Alice au pays des merveilles avec je ne sais quoi d’autre … » Elle allait repartir lorsque son talkie-walkie se réveilla en crachotant. « Émilie ? Tu m’entends ? Je … horloge à thé .. heure pile … Émilie » Puis plus rien. « Judith !!! , tu m’entend ?? je suis prêt du gros chêne, je me cache, retrouvons-nous prêt de la fontaine à vœux » Elle attendit, mais son talkie-walkie s’entêta à rester muet. Bon tant pis. « Par où vais je rejoindre la fontaine à vœux » se demanda-t-elle tout haut. Seul le sourire du chat apparu, et il répondit, sans que personne ne lui ai vraiment posé la question. « Cela dépend beaucoup de l'endroit où tu veux aller. »

Judith finit de fixer son pansement auto-cicatrisant. Le sac de l’horloge avait été une vrai bénédiction. Des pansements, des anti-douleurs, des barres nutritives, des munitions, des pommes grenades rouges, deux pistolets automatique et une lunette qui pouvait se fixer sur un fusils ou un des pistolets, ce qu’elle avait immédiatement fait. La flèche dans le ciel avait elle changé de direction pendant qu’elle fouillait le sac. Elle regarda la carte de la zone que chaque participant avait reçu. Qu’est ce que cette satanée flèche pouvait indiquer. En tout cas il allait falloir qu’elle repasse prêt de la fontaine à vœux. Elle avait bien failli se faire couper en deux part un hurluberlu à sabre déguisé en … Sherlock Holmes … Il ne manquait plus qu’elle croise un Jack l’éventreur …

Émilie se rapprochait petit à petit de la fontaine. Elle n’avait toujours pas réussi à trouver d’arme à feu. Elle n’avait qu’un sabre qu’elle avait ramassé sur la dépouille d’un autre participant et un grand couvercle de poubelle en fer, qu’elle utilisait comme un bouclier. Elle couru pour quitter l’abri que lui donnait une espèce de sculpture de chenille géante et rejoindre un bosquet de sapin tout décoré de guirlandes et de sucre d’orge.

Un plombier à moustache passa tout prêt de son bosquet de sapin, courant comme s’il avait le diable au trousse. En guisse de diable, un ado binoclard avec une cicatrice sur le front le poursuivait utilisant ce qu’il semblait être un lance-flamme dont le canon avait été déguisé en baguette magique. « Abracadabra, brûlez moi tout cela !!! » hurlait-il en riant et en utilisant sans discontinuer son arme pour essayer de toucher le plombier qui sautait, courait dans tout les sens pour essayer de sauver sa vie. Émilie se recroquevilla un peu plus au fond du bosquet. Si le magicien au lance flamme avançait assez, elle pourrait l’attaquer de dos avec le sabre et gagner une arme bien plus efficace. Pourvu que le plombier survive encore un peu.

Le plombier semblait vouloir survivre. Le pyromane se rapprochait, mais pas suffisamment. « Encore un peu, encore un peu » pensait Émilie. Mais malheureusement une flamme finit par cueillir le plombier. Il s’enflamma en hurlant. Le magicien continuait pourtant à libérer son déluge de flammes sur le corps du plombier tout en avançant vers lui.

« Brûlez les sapins, brûlez, je n’ai pas été assez gentil, je n’aurais pas de cadeaux ». En même temps qu’il riait ses mots le magicien dirigea son arme sur le bosquet de sapin.

Elle était foutue, elle ne pouvait rester cachée. Elle se leva en hurlant, sabre au clair, espérant surprendre le magicien et le frapper avant qu’il ne la transforme en lapin au barbecue.

Il se retourna vers elle. Leur regard se croisèrent.

Ses yeux étaient fou. Deux phares déments. Elle trébucha, lapin pris dans la lumière des phares de la voiture qui va l’écraser.

« Toi aussi tu vas brûler petite lapine .. BRÛLER »

Une détonation.

Le canon baguette magique du lance flamme qui tombe au sol, bientôt rejoins par le magicien maintenant bien mort.

« Émilie ! » La princesse en robe de soirée qui un jour, avait du être bleu et sans accroc, se relève de la position accroupie qu’elle avait prise pour stabiliser son tir. « Vite, il faut s’écarter avant que d’autres viennent voir si il y a des blessés à achever»

La flèche rouge pulsait toujours lentement dans le ciel. La suivre, toujours la suivre et survivre. Rien n’avait changé, mais au moins elles s’étaient retrouvées.

Les dés utilisés

Alors, alors. Les dés que j’ai utilisé :

  • le dé
  • le cadran d'horloge
  • la baguette magique
  • l'arbre
  • la fontaine
  • la pomme
  • la flèche

6 dés sur 9, et avec un tirage pas facile.

L'inspiration

J'étais en vacance sur les histoires en septembre. Ce lancé de dés m'a pourtant posé beaucoup de difficulté. J'ai essayé de trouver plusieurs histoires, j'ai même commencé à en écrire une fin octobre, pendant mes vacances à Bruxelles (histoire qui se passait donc à Bruxelles). Mais sans rien arrivé à produire. Et puis finalement voila, le 31 décembre, j'ai eu l'idée de base. Et il m'aura suffit de quelques heures entre le 31 et le premier janvier après midi pour en venir à bout. Ce n'est pas forcément la meilleure de mes histoires de ce défi de dés, mais c'est une de celle ou j'ai eu le plus les scènes 'dans la tête', en mode cinéma. Et dans mon cinéma cérébral perso, ça rendait super bien.

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